La contamination chimique chez les grands dauphins de la mer de la Manche

(Biopsie de grand dauphin prélevée par le GECC: peau et lard)

Depuis 2014, le GECC, en collaboration avec l’Agence de l’Eau Seine-Normandie, se penche sur le difficile sujet de la contamination chimique chez les grands dauphins de la mer de la Manche.

Les biopsies récoltées par le GECC sur le terrain entre 2010 et 2012 ont permis d’analyser les concentrations de plusieurs polluants au sein de cette population. Ces analyses ont été réalisées dans la peau pour les mesures de mercure et dans le lard pour les mesures des polluants organiques persistants (POPs).

Les résultats obtenus, et détaillés dans un récent rapport, montrent que les PCBs (Polychlorobiphényles), substances utilisées comme isolants électriques et interdites à l’utilisation dès 1987, sont les composés majoritairement présents dans les tissus des grands dauphins. Quant au mercure, il est également retrouvé en forte quantité dans la peau des individus biopsiés.

Ce premier état des lieux se révèle assez alarmant car les concentrations retrouvées en PCBs et en mercure chez les grands dauphins de la mer de la Manche dépassent tous les seuils de toxicité établis dans la littérature. Dit autrement, ces mammifères marins font partie d’une des populations de grands dauphins les plus polluées en PCBs au monde ! Triste record.

Concentrations en PCBs chez les grands dauphins dans le monde.

Concentrations en PCBs chez les grands dauphins dans le monde (GNB : Golfe normand-breton). Extrait du rapport de C. Zanuttini, p. 49.

Certes, une telle affirmation se doit d’être nuancée car la contamination chimique n’a pas été étudiée de manière systématique chez tous les grands dauphins du globe. Néanmoins, force est de constater que certaines substances chimiques persistent en grande quantité dans les tissus des mammifères marins – à l’instar des PCBs –, et ce, en dépit d’une interdiction d’utilisation depuis de nombreuses années

En revanche, cette étude prouve que d’autres produits toxiques, tels que les pesticides organochlorés (utilisés dans l’agriculture), sont présents en plus faible quantité dans les biopsies, ce qui suggère une atténuation de ces composés dans l’environnement marin. Presque une bonne nouvelle…

Cette étude met également en évidence que les concentrations des divers polluants analysés diffèrent d’un individu à l’autre. Ces écarts peuvent s’expliquer par différents facteurs, comme, par exemple, la zone géographique occupée, le régime alimentaire, le sexe, l’âge ou l’état de santé des animaux.

Reste que l’impact réel de la contamination chimique chez les grands dauphins demeure difficile à prouver. Toutefois, de telles concentrations chimiques ne peuvent être tout à fait « innocentes ». Il semble donc peu probable que ces dernières n’entraînent pas un nombre important d’effets indésirables à l’échelle des individus, voire même de la population dans son ensemble. Ainsi, les PCBs sont reconnus pour altérer les systèmes immunitaire, endocrinien et reproducteur chez les mammifères marins.

Pour en savoir plus, téléchargez le rapport en cliquant ici.

Le GECC poursuit son travail d’évaluation de la contamination chimique chez les grands dauphins de la mer de la Manche. Un second rapport est en cours de réalisation qui s’attache cette fois à l’analyse d’échantillons collectés sur des grands dauphins échoués.

Affaire à suivre donc…