Comment travaille le GECC ?

La mission première du GECC, c’est le suivi des grands dauphins de la mer de la Manche, et plus particulièrement le suivi de la population du golfe normand-breton.

Le suivi régulier aide à mieux connaître les grands dauphins : leur nombre, leur état de santé, les naissances et les morts de l’année, etc. Au fil des années, ces informations, patiemment récoltées et analysées, affinent notre connaissance et permettent de proposer des mesures de conservation adéquates et adaptées à ces animaux et à leur habitat.

Le suivi des grands dauphins de la mer de la Manche se divise en trois étapes :

  • les sorties en mer dédiées à l’observation des grands dauphins,
  • le travail régulier de photo-identification,
  • le calcul des paramètres démographiques et de la structure sociale de la population.
Les sorties en mer

Le GECC effectue des sorties en mer toute l’année pour observer les grands dauphins en mer de la Manche. Ces sorties se font depuis les ports de Granville, de Diélette et de Cherbourg. Elles ont lieu lorsque les conditions météorologiques offrent une bonne visibilité pour observer les animaux : le ciel doit être dégagé, sans pluie et sans brouillard, et le vent faible, soit moins de 10 km/heure.

Le matériel :

Les sorties en mer se font à partir du bateau de l’association, le Bonaventure, un semi-rigide de 6,20 m.

Les photographies sont prises avec deux appareils différents : un reflex numérique Canon avec un objectif de 17-85mm pour prendre les animaux proches du bateau et un reflex numérique Canon équipé d’un zoom de 70-300mm pour prendre les animaux éloignés du bateau.

Le choix des trajets :

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le but des sorties en mer n’est pas de VOIR les dauphins, mais plutôt de recueillir des informations à leur sujet. Or, ne pas les voir s’avère une information importante même si c’est un peu décevant, évidemment !

Pour éviter d’aller prospecter toujours les mêmes sites où les chances de rencontrer les dauphins seront plus grandes qu’ailleurs, le GECC a choisi d’effectuer ses trajets selon un échantillonnage stratifié. Cette méthode consiste à découper l’ensemble de la zone d’étude en plusieurs sous-zones, ou « strates », puis à définir, au sein de chacune de ces strates un certain nombre de trajets qui sont tirés au sort. Ce procédé diminue considérablement le facteur humain dans le choix des sites et couvre de manière beaucoup plus homogène la zone d’étude.

Le protocole d’étude

Lors des sorties en mer, l’équipage est composé d’au minimum trois personnes : un pilote et deux observateurs.

Une sortie dure, en moyenne, entre quatre et huit heures, voire plus certaines belles journées d’été !

En mode de prospection, le bateau se déplace à une vitesse moyenne comprise entre 10 et 15 nœuds. Les déplacements sont entrecoupés de pauses pour favoriser la recherche des animaux. La recherche des animaux s’effectue à partir de l’avant du bateau dans un angle de 180°.

Quand un groupe de grands dauphins est repéré, le bateau s’approche lentement pour s’adapter à leur vitesse tout en conservant une distance de sécurité d’environ 20 m, afin de diminuer le dérangement.

A chaque observation on estime le nombre de dauphins rencontrés et on photographie leur aileron.

Photographie d’un aileron dorsal et de l’arrière du corps d’un grand dauphin.

Photographie d’un aileron dorsal et de l’arrière du corps d’un grand dauphin.

Chez les grands dauphins, chaque aileron est unique : plus ou moins marqué, griffé et dépigmenté selon les individus, l’aileron est le seul moyen à notre disposition pour diffé-rentier les animaux entre eux. C’est pourquoi les photographie d’ailerons avec, si possible, l’arrière du corps de l’animal, sont si précieuses.

Pour assurer la bonne qualité des photographies, les ailerons doivent être pris perpendiculairement au photographe. Lorsque le groupe comprend des jeunes ou des nouveau-nés, il est convient, dans la mesure du possible, de les photographier en compagnie des adultes qui les entourent pour identifier éventuellement leur mère.

Le regard est souvent attiré par des dauphins très marqués mais les observateurs doivent veiller à ne pas photographier toujours les mêmes individus. Il faut donc être vigilant et favoriser les photographies sur lesquelles figurent plusieurs individus.

Quand on estime que la majorité des dauphins rencontrés ont été pris en photo, le bateau reprend sa prospection.

La photo-identification

La photo-identification permet d’identifier les grands dauphins à partir des marques naturelles que l’on observe sur leur aileron dorsal et parfois sur leur dos.

Chez les grands dauphins, répétons-le encore, l’aileron est une pièce tout à fait unique, un peu comme nos empreintes digitales. A ceci près que les marques visibles sur l’aileron évoluent au cours du temps.

Lorsque le grand dauphin est jeune, l’aileron est complètement lisse. Avec l’âge, il se couvre de marques : on y voit des griffures, parfois symétriques, dues sans doute à des traces de dents, ou des encoches, c’est-à-dire des entailles plus ou moins profondes, sans doute des morsures, ou encore des décolorations de la peau qui, lorsqu’elle cicatrise, laisse des traces blanchâtres.

La photo-identification consiste à étudier chaque cliché d’aileron pour tenter de déterminer à quel individu il appartient, un peu comme un jeu de Memory grandeur nature et qui ne s’arrêterait jamais ! C’est une opération longue et fastidieuse, mais essentielle pour le suivi de la population.

Afin de s’y retrouver dans tous ces clichés d’ailerons, le GECC a construit une base de données appelée IDol (pour Identify Dolphins) spécialement conçue pour aider à l’identification des grands dauphins. Cette base comprend un catalogue qui recense tous les ailerons rencontrés lors des sorties en mer de la Manche .

La photo-identification est incontournable pour l’étude des grands dauphins car elle apporte une connaissance fine et relativement précise de ces animaux.

Le calcul des paramètres démographiques et de la structure sociale de la population

Les paramètres démographiques sont des méthodes, ou calculs statistiques, qui aident à décrire le plus précisément possible une population étudiée.

Dans le contexte des grands dauphins de la mer de la Manche, les paramètres démographiques les plus courants sont :

  • L’estimation de la population qui permet d’estimer chaque année le nombre d’animaux qui composent cette population.
  • Le taux de fécondité et le suivi des naissances qui permettent d’estimer la vitesse à laquelle la population se renouvelle. Pour calculer ces deux paramètres, il faut avoir auparavant sexé la plupart des animaux de la population.

La structure sociale, quant à elle, consiste en des calculs statistiques assez compliqués qui aident à voir les associations, ou les liens, qui existent entre les différents individus de la population et comment ces associations évoluent dans le temps. Pour faire court, la structure sociale essaie de répondre à cette question : « Dis-moi avec qui tu traînes et je te dirai qui tu es… »

La structure sociale nous dit si la population est unie ou si, au contraire, elle se trouve divisée, et certains animaux isolés. Elle permet aussi de savoir quels dauphins jouent un rôle social central au sein de la population : ceux dont le carnet d’adresse est le plus rempli et qui ont des contacts avec presque tous les dauphins de la zone ! En cas d’épidémie, une telle information sera précieuse et permettra, peut-être, de prendre des mesures plus rapides et plus efficaces.

Les paramètres démographiques et la structure sociale calculés et recalculés chaque année, donne, avec le temps, une image toujours plus précise des grands dauphins de la Mer de la Manche et permet de pointer les changements qui surviennent au sein de cette population exceptionnelle.

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Pour en savoir plus

Chaque année, le GECC propose un compte-rendu exhaustif de son suivi grand dauphin. Consultez le compte-rendu de l’année 2013 :

François GALLY, 2014. Suivi de la population des grands dauphins sédentaires du golfe normand-breton et de la baie de Seine. Rapport de synthèse du GECC pour l’année 2013. 103 p.

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