Comment fonctionne l’interface d’identification des dauphins IDol ?

Des ailerons à perte de vue …

Submergé par les photographies d’ailerons et très en retard dans l’analyse des données, le GECC s’est vu contraint de repenser son travail de photo-identification. C’est dans ce contexte qu’en 2012 la base de données Tursiops a vu le jour. Au sein de cette base de données se trouve l’interface IDol (pour Identify Dolphins), spécialement conçue pour aider à l’identification des ailerons de grands dauphins.

De retour sur terre ferme

Une fois le travail en mer terminé, les photographies prises au cours des différentes sorties sont triées. On élimine alors les clichés flous ou pris de trop loin pour ne verser dans IDol que les photos de bonne qualité et jugées exploitables pour la photo-identification. Les images retenues sont ensuite analysées une par une et aileron par aileron.

Lorsqu’il y a plusieurs ailerons sur une même photo, ces derniers sont numérotés avant d’être analysés. La lecture des ailerons sur l’image se fait du premier au dernier plan. Si deux individus sont sur le même plan, la numérotation des ailerons s’effectue de gauche à droite (figure 1).

Figure 1 : Ordre d’identification des ailerons dans IDol

Figure 1 : Ordre d’identification des ailerons dans IDol

Cette procédure permet d’éviter la confusion entre les différents animaux à identifier. La photographie est considérée comme traitée lorsque tous les ailerons sur le cliché ont été identifiés.

Le catalogue : KésaKo ?

L’interface IDol comprend un catalogue d’ailerons. Il s’agit d’un outil très utile, une sorte de « trombinoscope », qui recense tous les ailerons des grands dauphins rencontrés lors des sorties en mer effectuées en mer de la Manche depuis 2004. Chaque dauphin observé ne serait-ce qu’une seule fois dans cette zone est versé au catalogue et se voit attribuer un numéro d’identification.

Quand le travail de photo-identification démarre, les ailerons photographiés sont systématiquement comparés à ceux du catalogue. Si, après avoir passé plusieurs fois le catalogue en revue, on constate que le grand dauphin recherché ne s’y trouve pas, on l’intègre alors au catalogue en lui attribuant une identité, c’est-à-dire un numéro.

A ce jour, le catalogue du GECC comprend 884 individus, mais ATTENTION, ce chiffre ne correspond en aucun cas au nombre total de grands dauphins sédentaires qui vivent en mer de la Manche. Le catalogue, en effet, contient des inexactitudes et de nombreux doublons : c’est un outil indispensable pour le suivi de la population mais il est imprécis et en constante évolution.

Les critères de détermination

Dans le catalogue, les grands dauphins sont divisés en deux catégories : les N et les NL. Les individus N ont un aileron marqué par des griffures et/ou des encoches. Les individus NL présentent un aileron lisse, sans marques.

Lorsque l’on veut identifier un dauphin, rien de plus difficile pour les yeux et le moral que de faire défiler des centaines et des centaines d’ailerons sur l’écran ! Pour éviter une telle opération IDol permet de sélectionner un ou plusieurs critères de détermination. Ce procédé permet d’affiner la recherche et de comparer l’aileron photographié avec un nombre restreint d’individus du catalogue. Ce qui fait gagner un temps précieux.

Les critères de détermination varient selon qu’il s’agit d’un grand dauphin avec un aileron marqué, soit N, ou avec un aileron lisse, soit NL.

a. Les individus marqués

Pour décrire un individu marqué, à savoir un individu dont l’aileron présente une ou plusieurs encoches, IDol propose différents critères de détermination comme par exemple :

  • la description des encoches présentes sur l’aileron
  • l’emplacement des encoches sur l’aileron
  • le côté de l’aileron photographié
  • le niveau de griffure et de décoloration de l’aileron

IDol propose aussi de décrire plus précisément le niveau de marquage des animaux rencontrés :

  • le niveau M2 concerne les ailerons qui ont une ou plusieurs petite(s) encoche(s). Ces animaux sont peu marqués et ils peuvent être facilement confondus avec d’autres ;
  • le niveau M3 concerne les ailerons facilement reconnaissables avec peu de chance de confusion car ils sont bien marqués ;
  • le niveau M4 concerne les individus qui n’ont aucune chance d’être confondus avec d’autres parce que leur aileron est très particulier, avec de grandes encoches ou une forte décoloration.

La figure 2 montre l’exemple d’un individu de type M4, c’est-à-dire un animal très marqué et facilement reconnaissable. Il présente un aileron très griffé avec plusieurs encoches. On constate que les encoches sont peu profondes et que l’aileron, très décoloré, a été photographié du côté gauche. Pour l’identification de cet individu, le logiciel a proposé six résultats sur les 442 individus marqués au catalogue. Après les avoir passés en revue, il s’est avéré que l’individu recherché correspondait au N0049.

Figure 2 : Exemple d’identification d’un individu marqué dans IDOL

Figure 2 : Exemple d’identification d’un individu marqué dans IDOL

b. Les individus lisses

Les individus lisses possèdent un aileron dorsal sans encoche, ce qui rend leur identification plus difficile et délicate. Les risques de se tromper sont grands ! Il convient alors de porter une attention toute particulière à la présence de griffures sur l’aileron et le corps de l’animal, ainsi qu’à l’existence d’une éventuelle dépigmentation de la peau…

Pour faciliter l’identification des ailerons lisses, IDol impose de renseigner le côté de prise de vue, ainsi que la présence de plis ou de lignes fœtales.

Un individu lisse n’est ajouté au catalogue que s’il présente suffisamment de griffures et/ou de lésions épidermiques pour être identifiable. Si tel n’est pas le cas, il est versé au catalogue avec la mention NL et la description de son statut (nouveau-né, jeune, sub-adulte ou adulte).

La figure 3 détaille le cas d’un grand dauphin lisse pour lequel IDol a proposé 49 résultats possibles avec les caractéristiques suivantes : de légères griffures partout (aileron + corps), une légère dépigmentation au niveau du corps (derrière l’aileron), il n’a pas de plis fœtaux et la photographie est prise du côté droit. On note également la présence d’une petite tache blanche, observée dès 2010 et qui ne semble pas évoluer avec le temps. Au regard de ces différents critères, il a été possible d’établir que cet animal était le NL0414.

Figure 3 : Exemple d’identification d’un individu lisse dans IDol

Figure 3 : Exemple d’identification d’un individu lisse dans IDol

Lorsqu’un aileron lisse devient marqué, c’est-à-dire lorsqu’il présente au moins une encoche bien visible, il se voit attribuer dans IDol un nouveau numéro d’identification.

Avec IDol tout est possible, ou presque

Si IDol est avant tout un outil destiné à l’identification des grands dauphins, il permet également de prendre en compte d’autres paramètres que ceux liés directement à l’aileron dorsal des animaux. IDol permet, par exemple, de prendre en compte les associations entre certains individus de la population.

Figure 4 : Exemple d’association mère-jeune

Figure 4 : Exemple d’association mère-jeune

On note en effet sur certaines photos l’existence d’associations particulières. Une association se définit par une très grande proximité : les individus concernés nagent corps contre corps, dans la même direction, sans qu’il soit possible qu’un autre animal s’immisce entre eux. Ce type d’associations concerne le plus souvent une mère et son jeune (figure 4). Cette information conservée sur IDol, va permettre, plus tard, d’effectuer les calculs pour le suivi des naissances au sein de la population.

IDol, avec son catalogue et ses différents critères de détermination facilite considérablement le travail d’identification des grands dauphins de la mer de la Manche et rend leur suivi plus précis et plus efficace.

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Pour en savoir plus sur IDol et la photo-identification

François GALLY, 2014. Suivi de la population des grands dauphins sédentaires du golfe normand-breton et de la baie de Seine. Rapport de synthèse du GECC pour l’année 2013. 103 p.

Manoëlle CHAUVEAU, Louiselle de RIEDMATTEN et François GALLY, 2014. La photo-identification de la population des grands dauphins (Tursiops truncatus) dans le golfe normand-breton, année 2012. Rapport de synthèse du GECC. 17 p.